Depuis quelques mois, une expérience discrète, mais porteuse d’avenir, prend forme dans plusieurs communes du Bénin. À première vue, il ne s’agit que de rencontres entre élus locaux, services de l’État et opérateurs économiques. En réalité, c’est une nouvelle manière de concevoir le développement local qui est en train de s’installer.
Lancée dans quatorze communes, l’initiative concerne désormais vingt-quatre collectivités réparties sur l’ensemble du territoire national. Soutenue par Yiba Seed, elle repose sur une conviction simple : le développement d’une commune ne peut plus relever de la seule action publique. Il doit également mobiliser les forces économiques qui vivent et investissent sur son territoire.
Pour y parvenir, les communes ont fait un choix qui mérite d’être souligné : ouvrir un dialogue structuré avec le secteur privé à travers des Rencontres locales de dialogue, destinées à instaurer ou à renforcer les partenariats public-privé.
La démarche se distingue par son caractère inclusif. Tous les acteurs sont conviés à la même table, sans exclusion : élus communaux, opérateurs économiques, organisations professionnelles, société civile et services déconcentrés de l’État. Chacun est invité à apporter sa lecture des défis du territoire et à contribuer à la recherche de solutions durables.
Ces espaces d’échanges ont surtout permis aux Directeurs du Développement local et de la Planification des communes de mettre en lumière les potentialités économiques de leurs territoires. L’exercice ne consistait pas seulement à dresser un état des lieux, mais à convaincre les investisseurs que les communes disposent d’opportunités réelles et qu’elles sont désormais prêtes à construire avec eux des partenariats fondés sur un intérêt mutuel.
Les perspectives évoquées sont nombreuses. Elles concernent notamment la gestion déléguée des parkings, des marchés, des gares routières, des cimetières et d’autres services publics locaux susceptibles d’être développés dans un cadre de partenariat. La liste est loin d’être exhaustive. Elle traduit une volonté des communes de diversifier leurs modes de gestion tout en améliorant la qualité des services offerts aux populations.
Au fond, cette démarche s’inscrit pleinement dans l’esprit de la décentralisation. Celle-ci ne vise pas seulement le transfert de compétences de l’État vers les communes. Elle ambitionne également de rapprocher la décision publique des citoyens, de renforcer la démocratie locale et de favoriser une participation plus active de tous les acteurs au développement des territoires.
Les différentes rencontres se sont déroulées dans un climat de dialogue et d’écoute mutuelle. C’est un premier acquis qu’il convient de saluer. Mais le véritable enjeu se situe désormais ailleurs. Les intentions exprimées devront se traduire en actions concrètes. Les engagements annoncés par les acteurs du secteur privé devront produire des investissements, des partenariats durables et des résultats perceptibles pour les populations.
Il est donc permis d’espérer que cette initiative poursuive sa progression et s’étende progressivement à l’ensemble des communes du Bénin. Plus qu’un simple projet, elle pourrait contribuer à faire évoluer durablement les pratiques de gouvernance locale.
En choisissant de dialoguer davantage avec les acteurs économiques, les communes béninoises ne changent pas seulement de méthode. Elles changent de posture. Elles affirment que le développement local est une responsabilité partagée et qu’aucune collectivité ne peut relever seule les défis de son territoire. C’est peut-être là le véritable changement de cap. Celui d’une gouvernance plus ouverte, plus partenariale et résolument tournée vers l’avenir.
Eusébio SANTOS


